L’HORREUR DE L’ENCRIER (1977)

C’est un devoir pour moi mes chers amis mes chers amants
que de décrire par le menu par le tamis
les sudations de ce tapis qui me tient lieu de temps présent
 
mais ce terreau mes chers amis mes chers amants
est plus aride que la fibre du pin bleu
quand on l’a réduite en bouillie en pâte à papier pâtissière où deux mains font
un râteau noir. Sur ce radeau sur ce racloir, bien machinée,
bien enchaînée par des sortilèges sorciers me voilà obligée le soir
d’écrire à grands jambages enflammés ce qu’il faut bien appeler mes devoirs
 
j’ai les doigts noirs de l’encrier pour me guider mais sachez-le
j’ai horreur mes amis mes frères de ces activités frotteuses
c’est un prurit un eczéma le grattage d’un vieux plancher
qu’on m’a légué – bel héritage – ô Dieu volage !
frivole et stupide, sans yeux, tu aurais pu me dispenser de naître
chez un fabricant de papier qui n’écrivit pas ses mémoires
et perdit son ambition vierge dans le tiroir de mon armoire
 
c’est un devoir pour moi mes chers amis mes chers amants c’est un pensum,
une corvée un anathème une anagramme énigmatique un devoir de mathématique
et c’est une algèbre hébraïque que de pencher mon front le soir
sur ces parvis sur ces piliers ces papiers blancs sur ces miroirs.
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