PETIT NOUS (2009)

Je suis eux ; je suis nous ; je suis moi.
Je suis moi. Non, je ne suis pas qu’eux. Mais toi
je suis toi. Je t’aime toi, je te hais toi.
Tu regardes dehors. Même des moi qui ne me sont pas, moi.
Tu aimes surtout une grosse voix qui n’est pas petit moi.
Non, ça, tu n’as pas le droit.
 
Je nais : je suis eux, je suis perdu en eux. Purée primordiale !
Mais il y a ma moi, maman chérie à moi : mamamoi.
Nous nous nous. Un nounours. Nous m’essuie. Je suis nous.
Nous m’appelle « son petit phénomène ». Je suis plutôt noumène.
Nous ne sommes plus là. Nous sommes partie aux courses.
Oh, ce nous de majesté ! Cramponner ce nounours.
Incassable, nounours. Nous sommes cassé en deux : nous rien,
nous, même pas rien, nous agonise dans l’absence de pensée
sans nounours odorant. Nous revient.
Nous rions, les bras pleins de joujoux : elle et moi.
Hiboux, cailloux, genoux. Toute la philosophie est là,
la chouette de Minerve, et le je, et le nous,
les cailloux du Petit Poucet, et ces sons
qu’il faut bien avaler avant de cracher le non.
 
Je suis moi. Elle est là. Elle n’est plus là.
Je dis non. Elle me dit « mange ta soupe ». Je crie : non !
C’est non que s’appelait cette autre découverte,
cela avait un nom, tout simple. Pas.
Les pas dans l’escalier. Les pas. Pas, pas.
Pourquoi pas celui-là qui passe, inespéré ?
 
Il y avait trop d’être, et le voilà,
le père, le professeur, l’étranger,
le géant qui dérange, à la voix mal rasée.
 
Encore un peu trop d’être. J’étouffais là-dedans
dans l’édredon confus d’un excès de substance.
 
Mais voici l’allégeur, le maître en soustraction.
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