J’en aurai fait des kilomètres dans le métro et dans le rer à regarder mes dissemblables
à chercher mes semblables à mendier qui me plaît
Il y en a si peu. Amours ratées
qu’on aurait pu dans une autre existence accomplir
crânes rasés lèvres en perce poches sous les yeux et sandwiches à l’œuf dur
cheveux bleus cheveux rouges ridules parfois odeurs infectes
j’en aurai regardé des saintes faces sur les banquettes en biais
pas trop en face quand même tirant des diagonales et détournant mon attention de ces enfers minimes
dont la matière envahit l’atmosphère, et contemplant avide
les publicités mal foutues les grandes photos de notre absence de lien social
J’en aurai fait des kilomètres combien de fois le tour de la terre
souvent assise toujours mal mise évitant le genoux d’un sire
qui les écarte effrontément puis voilà je descends. Couloirs.
L’escalier mécanique est en panne je boitille je m’agrippe à la rampe en métal
et quand j’arrive je cours au lavabo mes mains sont sales
une eau grisâtre en dégouline jamais je n’aurai cru
qu’en ce mince trajet j’aurais pu j’aurais plu.
Qu’en ce mince trajet tant de crasse aurait pu
adhérer à mes doigts mes paumes mon poignet

