24 AVRIL 2015. HISTOIRE D’UNE DENT

Oh oh, mon pauvre cœur cardiaque de chez docteur cardiologue ding dong  !
Rentrant chez moi je m’aperçois que la secrétaire Caroline m’a fait signer au bas du devis monstrueux concernant six implants (mes trous dentaires ? Combien il m’en manque docteur, trois à gauche ? un là? deux là… six en tout… et un ordre de grandeur, disons 10000 euros… oh là là !!!) bref Caroline me fait signer hier de derrière son petit guichet- bar – sympa, cette Caroline, délurée, accorte, compétente – et ce matin au moment où, non, à l’instant de ranger dans le bon classeur ces papiers – pour envoyer le devis à la mutuelle entre autres – je me demande avec une anxiété galopante ce que j’ai signé en réalité, il n’y a pas marqué « bon pour accord » mais « le patient reconnaît avoir eu le choix du traitement », ce qui est parfaitement mais alors là parfaitement mensonger, car si le dentiste BANAnia m’a parlé verbalement (du petit bout des gencives) de l’existence d’une possibilité d’appareil dentaire amovible « avec des crochets », c’est pour glisser mortels, entre les deux ça n’a rien à voir – rien à voir avec des implants… oh là là pourquoi n’ai-je pas fait affaire avec cette Catherine Danone du centre Jack Senet – eh bien parce qu’elle m’était antipathique, voilà tout, et le docteur Samuel si jeune si beau, si fondant, si chaleureux quand il arrive avec son regard d’ambre brune, brune, bref une fois de plus je suis mal, archimal, chassée de mon corps propre, de mon lieu, de mon être par l’idée la possibilité que je me suis fait rouler par celui-là même qui devait prendre soin de moi – j’ai signé quoi au fait ?? eh pourquoi je n’ai pas eu la présence d’esprit de réclamer deux devis bien distincts, un pour les implants l’autre pour l’appareil dentaire amovible – il m’a déconseillé le bridge, ça abîme les deux dents auxquelles on s’accroche, s’arrime, j’admets. Présence d’esprit voilà le mot, on n’a aucune présence d’esprit quand on sort du fauteuil du dentiste basculé en arrière le projecteur dardé sur vous et la douleur du jet d’air froid qu’il a braqué sur votre bout de dent si sensible que ce soir vous avez mal à la dent qui est juste dessous et qu’il n’a pas touchée.

Oh, maintenant, merci docteur Webbe !!
Au secours Google, j’écris dentiste devis, on me propose dentiste devis signé, hop, la lettre d’une femme qui est exactement dans la même angoisse et le même cas que moi, et quelqu’un lui répond, la rassure – me rassure – ouf, ça va mieux, mon cœur bat, c’est comme s’il était écorché, ne sais que dire, décrire cette sensation, être éviscérée de soi-même, expulsée de son corps, son nid, sa chair, plus de lieu dit, de nidation en soi-même, de carnation intime et charnue, de teint rose, retournée comme un gant ou une peau de lapin, écorchée vive, plus de peau de membrane de barrière protectrice entre noyau intérieur et férocité extérieure qui dévore, victime désignée, vieille femme – quand on sort de la chaise de dentiste on est étourdi et traumatisé.
Surtout comme c’est le cas si la facette dentaire que l’homme de l’art est sur le point de vous poser et qu’il vous montre dans un miroir ne convient absolument pas. Beaucoup trop grosse trop blanche « elle est grosse… elle est plus blanche que l’autre… elle se remarque » – « je suis d’accord avec vous » concède-t-il – ne va pas t’excuser je n’en demande pas tant, ce que je demande c’est pour 800 euros que la nouvelle facette dentaire soit réussie n’est-ce pas, aussi normale que l’autre, pareille à sa jumelle, ni bombée, ni gonflée, disproportionnée ni javellisée. « Ce n’est pas une facette c’est plutôt une couronne ? Lui ai-je demandé au vu de la chose extirpée d’une petite boîte noire, écrin noir, bijou blanc
– Oui je vous ai creusé un sillon par derrière pour que ça tienne bien  ».
Et c’est reparti pour un tour. Faut que je revienne dans quinze jours, il va faire refaire la facette – la couronne ??

Bon qu’a écrit cette femme ??
Aujourd’hui, un dentiste m’a fait un devis pour me poser une couronne sur une molaire qui selon lui, ne serait pas en bon état. (…) J’aimerais demander un second avis chez un autre dentiste mais voilà le hic, c’est que j’ai signé le dit devis !!
Est-ce que cela m’oblige à recevoir les soins proposés par le premier dentiste ?
Un docteur Bourretout lui répond :
Quand vous signez un devis chez un dentiste, rien ne vous oblige à faire la couronne chez lui, soyez rassuré. Un devis est fait pour indiquer les honoraires du praticien, vous payerez une consultation pour l’examen endo-buccal fait ce jour, le devis est valable un certain temps ce qui vous garantit que le prix sera le même un certain temps.
Tout est simple et surtout pas de déprime.
Et un certain Chirdent écrit  :
Je reviens au premier sujet du devis, votre signature ne vous engage pas à faire les soins, mais sert à prouver au praticien que vous avez compris que les honoraires ne seront pas pris en charge en totalité par l’assurance maladie. Bien souvent lorsqu’il y a plusieurs alternatives d’actes possibles, des devis différents peuvent être établis, et c’est la signature de l’un d’eux qui établit votre choix.
Plus loin, doc 02 reprend :
« Vous ne réglez que ce qui a été fait.
Signer un devis chez un dentiste ne signifie pas qu’il faut aller au bout du traitement. En aucun cas vous n’êtes tenu de terminer les soins.
Signer un devis, signifie que vous acceptez le prix proposé pour le traitement fini. »

Maintenant la sécu : Avant l’élaboration d’un traitement pouvant faire l’objet d’un dépassement d’honoraires ou d’une entente directe, le chirurgien-dentiste doit remettre à l’assuré un devis descriptif écrit.
Le Code de la santé publique à l’article R. Article R. 4127-240 « Lorsque le chirurgien-dentiste est conduit à proposer un traitement d’un coût élevé, il établit au préalable un devis écrit qu’il remet à son patient. et la Convention nationale organisant les rapports entre les chirurgiens-dentistes et les caisses d’Assurance Maladie obligent à l’établissement d’un devis.
Après un délai de réflexion de 8 jours, le patient en signant le devis s’engage par un « consentement éclairé » et accepte le plan de traitement envisagé.

Autre son de cloche :
oui une rétractation est possible. Signer un devis c’est juste prendre connaissance des actes et tarifs qui vont suivre (et seront garantis au prix communiqué pour une certaine durée).
Mais cela ne vous engage en rien à commencer quoi que ce soit avec ce professionnel…
Moi je travaille dans une mutuelle, et un devis n’est pas engagement définitif, c’est juste un document qui relate les frais que vous allez engager et dont vous allez être remboursé par la Sécurité Sociale et votre mutuelle; Par contre, si vous avez signé une prise en charge, vous ne pouvez pas vous rétracter.

Engagement d’un devis

Le devis, en tant qu’estimation par le professionnel des travaux envisagés, est considéré d’un point de vue juridique comme une offre de contrat. À ce titre, il engage fermement le professionnel de manière très précise concernant l’étendue des travaux, leur coût, les délais prévus, etc.
Au contraire, le consommateur n’est pas obligé de confier l’exécution des travaux au professionnel qui a établi le devis.
Le devis n’engage le client qu’à partir du moment où il a exprimé sa volonté de faire exécuter les travaux, par une signature au bas du devis « bon pour travaux » .
Et encore :
Le devis signé engage le dentiste et son patient aux honoraires précisés pour le travail fait. Mais cela n’engage aucune partie à faire le travail !!
Donc si le « chantier » n’a pas commencé, il suffit d’annuler ses rendez-vous, sinon, il faudrait régler pour la partie de soins qui a été réalisée.
Je viens de prendre contact avec mon dentiste et voici ce qu’il m’a confirmé :
Si le travail concernant le devis n’est PAS commencé, en principe votre dentiste devrait laisser courir l’affaire, même devis signé !!
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Zorro Justicier dit : Vous avez un délai de rétractation LEGAL de 8 jours mais le législateur ds le domaine médical admet volontiers que 30 jours est plus raisonnable
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mais dans ce cas dois-je faire un courrier avec AR et l’adresser à mon dentiste pour lui dire que je ne veux plus poursuivre ? merci de me donner des indications sur la façon de manifester ma volonté de stopper les soins avec ce dentiste ?
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signer un devis permet simplement de signifier votre accord si les soins sont commencés mais pas un engagement de commencer les soins. Cela permet à tout le monde de concrétiser sur le papier la nature du traitement, le coût et le fait qu’on a bien été informé effectivement, signer un devis permet simplement de signifier votre accord si les soins sont commencés mais pas un engagement de commencer les soins. Cela permet à tout le monde de concrétiser sur le papier la nature du traitement, le cout et le fait qu’on a bien été informé.

tous ces kilos de mots pour plâtrer mon angoisse…

Moi qui ai horreur du téléphone  !
Début d’après-midi, je rappelle le cabinet rue de l’Abbé Groult, tombe sur l’accorte Caroline, qui me confirme que cette signature – extorquée ou non – ne m’engage pas – « il vous a bien donné le choix oralement, il vous a expliqué… » – il ne m’a rien expliqué de précis, pas fait de deuxième devis, juste dit « ce n’est pas comparable », mais établi aucun comparatif.

Toute légère je descends planter une fleurette rose qui restait en attente enroulée de papier beige – un cosmos – dans un pot au milieu de la cour, en compagnie du myosotis et de la solanée blanche qui ne fleurit pas mais lance un tas de ramilles.
Le chat tigré dans la jardinière de ciment se chauffe au soleil, je lui gratte cou et babines.

Ce matin au lever j’ai repeint en rouge et rose tyrien le fond d’un « Fra Diavolo » peint chez Olivier Wahl il y a lurette, présentant cette caractéristique tellement habituelle chez moi, me plaît assez pour ne pas finir à la poubelle mais ne me satisfait pas vraiment. En attente – dans les limbes du carton à dessin plutôt que dans l’enfer des poubelles – mais peut-être ce matin le pâlichon Fra Diavolo a-t-il trouvé avec tout ce rouge ajouté – rouge aux joues, grimage, fard de clown ? – son authentique destination – faire partie des figures de cirque devant figurer le 16 mai à l’Albatros de Montreuil.
« Le cirque c’est un thème merveilleux dis-je au téléphone à Coline qui m’appelle avant de partir pour Cassis.
« Comment va ta mère ? – Pas mal mais toujours pas cicatrisé… Elle a surtout besoin de parler.  »
Bonne voix. Me dit avoir perdu six kilos.

Tous ces kilos de mots pour plâtrer mon angoisse.
Serait peut-être bien que je lise – enfin – le Je n’ai plus peur de Jean-Claude Guillebaud.

Je pense parfois à Toto.


Par quoi l’ai-je remplacé  ?
La kiné, Madame dix-minutes pas une seconde de plus ? Le dentiste, monsieur Urgence dent trop blanche et devis incomparable et premier choix ??
J’étais si soulagée de n’avoir plus de rendez-vous le jeudi.
Mais on ne se débarrasse pas comme ça de ses vampires.

(il serait peut-être raisonnable de garder « les moins pires » ?? Toto-psy étant peut-être un des moins pires de mes vampires ???
Oh, pourquoi m’a-t-il dit « je ne suis pas psychanalyste ?? M’interdisant ainsi de parler de moi ?
De remonter à mon enfance ?
Ne remontant jamais plus loin que la semaine écoulée ??

Maintenant, retrouver ce texte sur Pierre Bonnard. Pour l’envoyer à la Critique parisienne – à propos de l’expo Bonnard du Grand Palais, non, musée d’Orsay, hier soir.
« Coline, je vais te laisser. Il faut que je parte.

Claquer la porte. En bas, m’apercevoir que je n’ai pas ma carte Navigo.
Remonter. Fouiller. Vider mon sac. Ne pas me souvenir. Être face à un trou.
Puis, regarder par terre. Sous la table, sur la moquette. Me baisser, tendre le bras.

À l’entrée du musée d’Orsay, me tromper de bonne foi, exhiber ma carte de mutuelle à la jeune étrangère qui contrôle les entrées – elle la remue en tous sens, ne voit pas ce que c’est que cette carte – « Excusez-moi je me suis trompée, voici ma carte de presse.
Échanger trois mots rieurs avec elle.
À peine plus loin, échanger trois autres mots rieurs et gentillets avec le jeune homme qui m’ouvre la barrière pour me laisser doubler la queue compacte.
« Tout ce monde ! À cette heure !!
– Et à huit heures il n’y avait personne ! Je vous assure !Vrai de vrai, pas un chat !! »
Sentiment joyeux en moi qu’une simple et brève parole gentille et gaie à quelqu’un qui poireaute toute la journée sans jamais s’exprimer éclaire son paysage.
Pour faire simple : lui fait un peu de bien.
Comme si, même brièvement, en passant, trois secondes et pas quatre, quelqu’un lui disait : « Tu existes ».

(Ô Dieu! que de souffrance parmi les hommes  !!)

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