Qu’est-ce qu’il y a de beau, qu’est-ce qu’il y a de bien ce matin,
Seigneur, et que pourrais-je célébrer l’âme claire ?
Voix entendues, musiques humaines, petit tintouin,
Géraniums frissonnants, livres ouverts.
Un dialogue aigrelet s’élance sur les ondes
Dessous gronde et mugit une autre voix, profonde.
Ô venue de très loin ! Baleine vagabonde !
Ô ressac que rien ne distrait.
Cette autre voix, intarissable et sombre,
Je l’ai surprise hier avec son contrepoint
Elle émergeait, ébrouant son dos d’ombre,
lueur pulsant l’immensément lointain
Seigneur, ce matin, le printemps ne vient pas. Il faut
retourner le terreau de l’hiver et de ses hypnoses
Franchir la porte de désillusion, morose,
Écouter résonner la voix grave d’alto
Des enfers en dormance, Seigneur, que l’amour tarde !
Entends s’égosiller mon petit timbre clair
Babil, rires, comptines, gazouillis du matin,
Vous n’y suffirez pas, à faire un cri humain
Qu’on me rende, Seigneur, la clameur de la mer
Et le sourd contrepoint qui parle une autre langue
Et le tambour lointain qui monte du silence
Et le sourd contralto qui chante une autre langue.
Seigneur, prête l’oreille à ce râle d’amante.

