CORPS SUBTIL (1977)

Marcher dans la forêt, ça nous a fait du bien.
C’est banal de le dire et cela nous a plu.
Le résultat est là. Nous n’irons plus jamais
dans les rues de Paris les yeux voilés de sombre.
 
Maintenant progressons par les champs de traverse,
dérive des continents que nous sentons trembler
comme une vibration sous l’archet de nos pieds.
 
Quelle sensation nous berce à percevoir la terre
Comme si, pour la première fois de notre double errance,
Nous n’étions plus fuyards, issus de nulle part,
Des vagabonds sans tête et sans appartenance ?
Nos vieux tourments s’apaisent, voici que nous sentons
Nos sentiments compris par cette étrange boule ronde
Dans sa robe d’eau-mère ornée de spires blanches,
Colliers de compassion tout autour de son aire.
 
C’est fini désormais de filer à l’anglaise,
Notre planète proche le fait si bien pour nous.
Portés par son ballet dans l’espace inaudible,
Tes reins de voyageur, et mes reins de nageuse
Pourront enfin cesser leur fatigue imbécile.
 
La terre rue pour nous jusqu’à la fin des temps,
La terre tourne en nous, à quoi bon s’agiter,
Il n’y a plus qu’à l’écouter, mon amour, palpiter
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