Hier soir cher ami dois-je vous entretenir
Qu’il y eut chez mon frère un dégoûtant goûter de famille ?
Il y avait trois hommes en cette conjoncture.
L’un d’eux me conduisit, l’autre me ramena
Entre les deux il y eut seulement quelques gâteaux au chocolat
Dans un appartement pelucheux et douillet
Où mangée par les choses une famille se réunissait.
Entre les deux, il y eut surtout mon père avalé par un fauteuil-club
À qui j’aurais encore tant de choses à demander
Bien qu’il ait peu de souvenirs, et à vrai dire c’est moi sa mémoire.
Il voulait bien me raccompagner en voiture, mais pas chez moi, chez lui,
et je crus qu’il voulait revenir à des temps très anciens
en me bloquant chez lui le temps d’une soirée. Peut-être d’une nuit.
Mais non ! ce n’était pas cela ! Il était vieux
En proie à une angoisse que je connais bien
De la route inconnue vers les lieux écartés.
Pour revenir chez lui, il se débrouillerait
Mais, pour aller chez moi, c’était une autre affaire,
Car j’habitais pour lui une terre étrangère
Et, d’ici à là-bas, c’en était trop pour lui, il se perdrait.
Il avait passé l’âge des chemins de traverse.
Père ! je t’ai tant aimé ! Mais cela s’est enfoui.
Le bleu du ciel était déjà presque hivernal.
Au moment de partir, je lui dis : grand merci !
Tu ne m’en voudras pas ! j’ai trouvé un chauffeur !
Et il eut l’air tout chose quand j’enjambai la Twin Honda
De l’échalas musclé boutonneux que j’adorais déjà bébé
N’en revenant pas qu’un rêve ait pu grossir ainsi la réalité.
On l’a compris, c’était mon fils aîné. Même aujourd’hui
Je ne suis pas revenue de ces temps puissants de pathologie ordinaire
Où dans vos bras gigote un inconnu sorti de vos obscurités.
Aux goûters de famille je me rends désormais sans mari
Celui qui me conduit n’est pas celui qui me ramène
C’est comme à l’autel autrefois. Ils étaient trois
Le père, le fiancé, et le prêtre séducteur.
Et c’est comme autrefois. J’ai encore besoin d’un conducteur.
À cet anniversaire, l’ami secret me déposa, mais il ne monta pas.

