Victor Hugo tu sais je ne vibre pas à tes portraits
bouclés soufflés quand tu es jeune et royaliste
en brosse et les yeux injectés de vieillesse ou de cataracte
quand tu fais le grand-père socialiste
pourtant je craque
aux photos faites par ton fils Charles
Victor Hugo écoutant Dieu 1853
à l’époque on devait poser un quart d’heure sans bouger
peut-être davantage
c’est à Jersey tu as l’air tellement ridicule
je n’y peux rien je craque et je me dis
mais il n’a peur de rien ! ce visage bouffi
cette lourdeur de mâchoire cette absence d’ironie
(ce masque de bifteck cet air bœuf)
il ne craint pas le ridicule, et je m’incline
quelle humilité ! Quelle audace ! En mon for intérieur
je m’identifie un peu à ton fils Charles Hugo
avoir Victor Hugo pour père
ah, qui pourrait s’y faire ?

vers 1853, © Musée d’Orsay
