Poésie

Mes poémicules

DANS LE 21 (2006)

Dans le 21 dans l’autobus Ce sont les femmes de soixante-dix ans Qui se lèvent pour donner leur place Aux vieux de quatre-vingts ans   Mais hier Un Mauritanien De Nouakchott Tout jeune À peine vingt-cinq printemps M’a proposé sa place   Et charmée j’ai dit oui Étonnée ébahie Épatée déstabilisée Inquiète   De quoi

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ÉQUILIBRE UN PEU DIFFICILE (2006)

Équilibre un peu difficile S’intéresser se désintéresser   Y croire et puis s’en détacher S’y engager puis siffloter L’air dégagé, s’y engager puis passer outre En chantonnant : « Qu’importe ? » Se passionner et puis s’en foutre S’y mettre s’y démettre s’y commettre S’y donner adonner et ne jamais souffrir D’abandonner ou bien de

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COUPLE PUISSANT (PETITE COUPURE) 2007

Devant vous Couple puissant Bloc tutélaire De mes enfants Marbre du Temps Qui est le vôtre Je rétrécis Fais marche arrière C’est épatant Je rajeunis Doigts taquinant Menus joujoux Rêve ingénu Dans ma chambrette Doigts écorchant De transparents Petits poèmes Peu dérangeants Je redeviens Très secondaire À l’univers. Que c’est charmant Peu encombrant Cette fillette

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IL N’EST PAS INDISPENSABLE POUR UN POÈTE… (1984)

Il n’est pas indispensable pour un poète d’aller bien Mais moi, j’ai lutté des années pour donner le change. Rire éclatant, voix chaude, dynamisme à tout crin On m’aurait tuée plutôt que de me faire avouer quelque chose Comme si j’avais surpris le secret inavouable d’un ange. Et, lorsque j’écrivais, c’était pour me raconter des

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COUPLET SUR LA BALANÇOIRE COMME EXERCICE SPIRITUEL (2015)

Je me quitte, je me parle. Je me converse, je me renverse. Je me déverse, je me rends, je me verse Je m’évapore, je me gazéifie. Je vole. Je volette. Je bats de l’aile.   Me transparente, désapparente.   Je me déprends. D’être moi-même je me déprends d’être si osseuse et charnue mon corps devient

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24 AVRIL 2016. POÈMES D’ANNIVERSAIRE

Bon. Tu vas faire des frais. Du papier. De l’encre. C’est cher, l’encre d’ordinateur. Et le papier. Plein de papier. Plein d’exemplaires. Aux quatre vents. À un tas de gens. Comme des graines de pissenlit. Pfffftttt! Pssssittt ! Perroque. Répète. Et songe Songe songe Céphise tu as encore raté le jour. Ratage et raturage. Un seul

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21 MAI 2006. AH QUE CETTE VALSE.

écrit sur le boulevard saint-Michel Ah que celle valse insensée drosséescintillant du moindre baiserLaisse la traînée sur ma peauD’argent que font les escargotsLuisants d’humide glissando_____________Ah que cette valse boisée cette trace moiréeAh que cet ourlet ah que ce ressac drosséAh que ce tango Ah que ce temps arraché… Alceste vous valsezAlceste vous pleurezVous mon portrait

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INCONTINENCE (2007)

Et maintenant ? Le pont du nord ne passant pas entre mes deux côtés fâchés contradictoires faiseurs d’histoires pour faire le lien je vais je viens saut en longueur bond surhumain fais la gazelle d’une falaise à un ravin   La vie fluctue de l’inconscience à l’espérance   Précipité microbien je me maintiens entre deux

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EN CE TEMPS-LÀ (2006)

En ce temps-là, j’étais errante Ânonnée par des enfants morts, dans une autre grammaire, Je me laissais envahir par la lueur du lieu. Je n’avais pas de cuirasse. J’étais itinérante et je prenais les trains comme on attrape la fièvre La ville m’entourait d’une écharpe de siècles Et j’illustrais mon intuition d’un tas de redondances

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BREDOUILLE (2007)

Merdouille ! Bredouille ! Où est passé mon appareil-photo ! Où l’ai-je semé ce zigoto ? Cette prothèse ce recueil d’instants déjà en deuil ? Où l’ai-je semé mon troisième œil ?   Hier soir à Montreuil ? je ne l’ai pas sorti la lumière électrique était jaune pipi les visages aussi   L’aurais-je par

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POÈME RAGEUR (2016)

Ah, j’aurais tant aimé que. Mais. Me voilà prise au piège avec cet homme qui lit son texte. Il me condamne à l’écouter. Il a tant travaillé pour préparer ce jour. Ce speech, cette petite réunion. Sa voix est robinet d’eau tiède. Je m’ennuie poignardée par l’indifférence. Baisers polis te proclamant : n’existe pas. L’intruse

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JE SUIS POREUSE (2006)

Je fais du porte à porte. Aucune continuité. Petit boulot. Demi-métier. Horaires émiettés. Entre deux rendez-vous, pas le temps de rentrer chez moi. J’attends. Jardins publics. Cafés en pente. Nuages électriques. Dans les squares je stationne. Dans la ville je piétine Cervelle à l’air. Mes incertains horaires Me font habiter dans les rues et je

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PUISSÉ-JE (2020)

Puis-je ? Est-ce que je peux ? Qu’est-ce que j’y peux ? Pouvez ! Je n’en peux plus. Puis-je ? Vis-je ? Vive. Épuisée. Ivre. Vivante d’épuisement. Puise ! Je t’en prie, ego, puise. Épouse. Aiguise. Ta voix. Elle veut. Mais puis-je? Vous pouvez, chère amie, vous pouvez. Moi, je n’y suis pour rien, vous

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TREMPER POÈME COMME ACIER (2005)

tremper poème comme acier battre colère battre pavé taper frapper la batterie   exaspérer désaccorder oxygéner l’époumonée tambour battant cœur combattant mécontenter les endormis   desserrer le carcan flétri réveiller le coucou flapi déchaîner la cacophonie désespérer gentilhommière crever rondeur de montgolfière   forger misère de soufflets de vaste colère   amplifier son pas sur

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LIRE ALBERT LONDRES DANS L’AUTOBUS (2019)

À Paris, dans le bus 28 sous la pluie mêler sa rêverie à des mots d’Albert Londres. Psalmodier Héthéens, Amorrhéens, Phéréziens, Jésubéens, en regardant la tour Eiffel. La vie est un curieux mélange n’est-ce pas ? Au bout de l’avenue de Breteuil, des platanes écartent les bras. Les Invalides bouchent l’horizon. Lord Balfour avait dit

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SEULES LES REINES (1990)

Voilà, j’arrive ! c’était hier L’époque où j’employais avec si grande ivresse Métaphores d’exil, de vide, abîme et perte, Même déréliction, oui, je m’identifiais Au souffle de ces mots alors que j’étais pleine De projets et de comblements, entourée De mille admirateurs, sans compter les adorateurs Et accompagnateurs. Maintenant que je suis vraiment tombée dans

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MYOPIE (2006)

Moi que la vie a chapitrée Je veux dire la société Et qui suis devenue méfiante Je voudrais bien que chaque instant me soit immensément donné Et somptueuse la journée Où je n’ai fait que respirer   Mais comment relier ce jour gris Qui à ma fenêtre pépie À la roue de l’immensité À l’univers

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PHOTO DE FAMILLE : COMMUNION SOLENNELLE (1977)

C’était un jour de mensurable été Où la table était mise habillée de chemises Et le vin renversé rouge au flacon teignant De son sang conversé les étoffes nappées Racontait une histoire aux enfants embusqués   La famille était là réunie sous le chêne Et le photographe immortalisait la scène Chacun riait de cet instant

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MNÉMOSYNE (2015)

Peut-être ai-je toujours eu dans l’idée mnémosyne souviens-moi souviens-moi de cette époque-là j’avais ancrée dans la chair cette idée que l’amour – mnémosyne, souviens-toi – que l’amour, comme dieu, ne se doit jamais dire alcool trop fort dangereux ténébreux dangereux comme breuvage interdit le taire – oui trop dangereux à envoyer dans le visage de

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C’EST TOUJOURS LA MÊME CHOSE. IL FAUT RENTRER À LA MAISON (1977)

C’est toujours la même chose. Il faut rentrer à la maison. La vie est une machine à coudre les paupières. Dans l’étui la fontaine anime en dandinant Sa musique coffrée, au bras d’un éléphant. Ce n’est pas que je n’existe pas. Mais je ne compte pas. Sur le bout de mes doigts n’est pas inscrit

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VOIX D’AGLAÉ DANS LE CHEMIN (1987)

Voix d’Aglaé dans le chemin C’est la fillette du voisin. Peut-on se défaire étant femme des cris d’enfants dans le jardin ? et d’avoir vécu ce non-lieu d’un berceau où se transvasèrent incognito vos ambitions et votre faible identité d’un seul coup dans ce réceptacle? Là s’est arrêtée votre vie. Écoutez donc les vieilles femmes.

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BELLE ACOUSMATE (2009)

Cette acousmateaux oreilles d’automatequi entend dans sa têtedes mots qui pètentet les écrit fébriledans le petit carnetqui lui sert de sébileest comme ces très vieilles dames qui parlent toutes seuleset dans le vide s’exclamenten s’inventant un dramePour qu’il y ait quelqu’unelles entendent des voixPour qu’il y ait des motselles allument la radioPour rester être humainelles

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À TRAVERS MOTS (1997)

Subtilement éternelle méritoirement femelle essuyant tous les sites encrant sa sarbacane sciant l’anse et cessant de valser, elle étale un grand geste drapé sur l’immobilité.   Et pourtant téméraire et cependant osseuse et malgré tout pensante et sacrément muette la syllabe que voici vous tire sa révérence. Merci ! merci ! merci ! merci ô

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JE DÉCRIRAI CE QUI DÉPASSE (2006)

Je décrirai ce qui dépasseCe qui chante et ce qui passeFoudroyant ! le peu de tempsQue j’ai mis pour le trajetEn décrivantDans sa chemise ciel de villeCe génie un peu béantCe béni un peu néantUn peu gênant, moulinantSon débit de mitrailletteDoigt levé lippe en avantC’est du rap en gargarismeEstomac proéminentCalvitie, cheveux blancs,Vieux prophète, il en

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IL EST PARTI (2006)

Il est parti, dit-on, sans nous laisser d’adresseSauf celle des télégrammes qui n’arrivent jamaisAvec notre intuition tombée dans le goudronNous tairons prudemment son nomEt cependant jamais nous ne nous soumettronsMalgré toutes les pressions toutes les prédicationsles contre-prédictions et les objurgationsNous lui téléphonerons depuis notre cachetteet nous lui demanderons,au lion qui a mauvaise réputation,Qu’íl nous envoie

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